Entre le licite et l’illicite: migrations, travail, marchés

Cerisy‐la‐Salle – França. De 12 a 19 de setembro de 2011.

Ce colloque international clôt un programme franco‐brésilien de coopération développé sur quatre ans. Il a pour but de dresser un bilan des conditions de déploiement de trois  marchés  illégaux  dans  la  mondialisation :  le  marché  de  travail,  vecteur  de  multiples circulations illégales de travailleurs manuels « migrants » ; le marché illégal de menus articles qui pousse à des pratiques élargies de consommation, y compris au sein des populations pauvres, souvent via la contrefaçon et la contrebande ; et le marché de consommation de biens  illicites  (spécialement  les  drogues)  qui  participe  –  c’est  notre  hypothèse ‐ à  une dynamique économique étroitement imbriquée dans l’économie légale. Mondialisation des marchés et démocratie entretiennent ainsi des relations paradoxales. Dans bien des cas, les effets proprement économiques de ces marchés illégaux ne sont pas entièrement négatifs, dans la mesure où ils participent à une reconfiguration de la pauvreté, devenue plus complexe, plus  hétérogène,  moins  évidente  d´autant  plus  que  se  multiplient  et  se  différencient  les situations  de  travail,  de  consommation  et  d´accès  aux  ressources  sociales,  culturelles  et économiques des sociétés touchées par la mondialisation. Mais, d´autre part, l´illégalité de ces marchés affecte directement le rapport à la loi et aux droits en vigueur dans les Etats‐nations démocratiques, allant jusqu’à modifier même les conditions internes de fonctionnement de l’Etat.

Une dynamique démocratique en cours dans les pays pauvres semble en effet avoir rendu  plus  complexe  la  perception  de  la  pauvreté.  Les  populations  de  ces  pays  seraient devenues moins captives de situations locales indésirables, et plus capables d’accéder à des marchés du travail mondiaux, notamment ceux situés dans les pays riches. Mais cette mobilité se paye en droits sociaux des migrants et elle installe d’importants marchés illégaux de travail au  cœur  des  pays  vers  où  ils  migrent.  La  contrefaçon  et  la  contrebande  participent  à  la mondialisation  de  la  consommation  et  assurent  aux  populations  pauvres,  dans  des  pays pauvres  comme  dans  des  pays  riches,  l’accès  à  des  biens  autrefois  inaccessibles ;  très spécialement aux nouvelles technologies de communication et d’information, vecteurs de la formation  de  grands  réseaux  transnationaux  de  migrants  circulants.  Usine  du  monde, produisant une partie significative des menus articles de consommation désormais distribués à travers la planète, la Chine joue un rôle central dans ce dispositif : en tant que fournisseur de biens de consommation à bas prix à l’échelle mondiale, en tant qu’organisatrice directe de marchés  locaux  de  consommation  en  vue  de  l’écoulement  de  ses  produits  et  en  tant qu’exportatrice de migrants commerçants et de travailleurs affectés à l’organisation de ces marchés locaux. Le trafic de drogues, d’armes, voire d’organes et d’êtres humains est partie prenante  de  ces  marchés  illégaux  mondialisés.  Ils  se  développent  et  s’élargissent  en imbrication  étroite  avec  des  activités  économiques  légales  et  se  bénéficient  des  mêmes mécanismes  qui  font  de  la  contrebande  un  dispositif  important  de  l’économie  mondiale actuelle.

Dans tous les cas, qu’il s’agisse de la circulation illégale de travailleurs et de leur insertion dans des marchés illégaux de travail, ou de la circulation illégale de marchandises licites ou illicites, la mondialisation du travail et du commerce a favorisé le développement de mécanismes  de  traversée  des  frontières  internes  et  internationales  des  Etats‐nations  qui remettent en cause, de l’intérieur, le rapport de l’Etat à la loi. Ces mécanismes sont en partie économiques, mais ils sont aussi politiques.  Face au volume de personnes et de marchandises en circulation dans le monde actuel, exercer un contrôle sur qui circule ou quoi, et sur les conditions  légales  ou  illégales  dans  lesquelles  ces  circulations  s’effectuent,  est  devenu autrement plus difficile que par le passé.   Mais la remise en cause de la capacité des Etats à contrôler  des  flux  de  marchandises  et  d’êtres  humains  fait  place,  dans  bien  des  cas,  à l’ambivalence politique de ces mêmes Etats face au caractère dynamique de certains marchés de travail ou de consommation, même lorsqu’ils transitent entre le licite et l’illicite. Ainsi, dans les pays riches, les expulsions limitent en partie la présence des migrants sans papier, alors même que les pouvoirs publics ferment les yeux à la présence de ces travailleurs dans de vastes secteurs de l’économie, comme l’agriculture, l’industrie du bâtiment et les services en général. Dans les pays pauvres, l’Etat ferme souvent les yeux à la contrebande parce qu’il reconnaît son impact dynamique sur les dispositifs commerciaux urbains qui répondent à des besoins de consommation de vastes secteurs de la population.

Mais cette ambivalence de l’Etat, à laquelle s’ajoute une limitation effective dans la capacité à exercer un contrôle sur des flux de marchandises et d’êtres humains, est à l’origine de la formation expansive d’un autre marché illicite, grâce auquel le passage des frontières institutionnelles et de la légalité en général acquièrent une certaine régularité. Dans ce marché circulent des « marchandises politiques » : licences, autorisations, faux papiers, procédures enrayées  –  tout  l’arsenal  d’instruments  nécessaires  pour  que  les  obstacles  légaux  à  la mondialisation  des  marchés  soient  contournés.  Tous,  y  compris  les  marchés  de  drogues, d’armes  voire  parfois  d’êtres  humains  seraient  inconcevables  à  leur  échelle  actuelle  s’ils n’étaient pas imbriqués de façon directe ou indirecte dans de grands marchés économiques licites, d’un côté ; et, en même temps, à des degrés très variables, dans l’appareil d’Etat.

Toutes  ces  questions  acquièrent  des  expressions  particulières  dans  différents contextes  régionaux,  nationaux  et  locaux.  La  violence  n’est  pas  toujours  un  élément structurant de ces marchés. Au‐delà de ces différences, néanmoins, la mondialisation leur a donné une certaine transversalité. Cela veut dire que le problème du rapport à la loi et de la consolidation démocratique dans de jeunes démocraties doit être examiné en rapport avec les nouveaux défis posés par la globalisation aux Etats‐nations démocratiques, y compris dans les démocraties plus anciennes, supposées déjà consolidées.

La particularité de la manifestation que nous organisons repose sur la volonté de rompre le cadre spécifique des aires culturelles pour traiter ensemble des questions jusqu’ici abordées séparément, d’un côté en Amérique latine, de l’autre par des chercheurs ayant travaillé autour du  bassin méditerranéen.  Remettant partiellement en cause la cohérence

entre économie, cultures et territoires, la mondialisation nous oblige, en effet, à ouvrir notre espace de travail et de réflexion pour mettre bout à bout des connaissances multi‐situées. Il s’agit donc d’aborder de façon articulée, à la fois théorique et empirique, trois domaines de recherche – celui des nouvelles circulations migratoires, de leurs territoires et de l’économie informelle dans la ville à laquelle ces circulations sont liées ; celui des circulations marchandes

de  menus  articles,  souvent  des  contrefaçons,  organisées  en  lien  avec  la  Chine,  en  partie illégales, et de leur impact sur des situations locales ; celui des marchés de produits illicites, avec  leurs  modes  propres  de  circulation,  les  relations  qu’ils  développent  avec  l’économie légale  et,  là  encore,  leur  impact  sur  les  situations  locales.  Cette  dynamique  de  la mondialisation est traversée,  voire rendue possible, par une nouvelle écologie digitale dont les effets se font sentir dans chacun des domaines abordés. Nous essayerons d’en tenir compte à chacune des étapes de ce débat.

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