Regis Minvielle. Le commerce ambulant dans le centre-ville de São Paulo : mondialisation par le bas, conflits urbains et cosmopolitisme (Fapesp, 2015)

La rue constitue le premier plan de n’importe quel décor urbain divers. Dans son expression physique, elle abrite aussi bien des commerces de proximités, des boutiques, des restaurants, des kiosques, des échoppes installées à la vite que des bâtiments administratifs, des lieux de culte, des espaces culturels, des entreprises ou encore des parcs. De l’axe routier à la ruelle insignifiante en passant par les boulevards résidentiels et les artères commerçantes, la rue revêt des habits distincts et modulables en s’accaparant le trottoir, le square, la place.

Si elle se caractérise au sens premier comme une voie de communication, elle est aussi et surtout le lieu où s’expriment des relations sociales: Derrière les pratiques de sociabilité et de convivialités le temps d’une emplette ou d’une pause- déjeuner, se jouent également des scènes moins visibles et moins dicibles où s’orchestrent des transactions et des trafics divers. La rue donne également lieu à des revendications multiples (créations artistiques, manifestations politique), génère des conflits et à contrario des actions de solidarités. L’oralité est présente à tous les niveaux: le commerçant qui hèle des clients potentiels, le transgresseur qui cherche à dissimuler ses paroles encore le passant perdu qui demande son chemin.

La rue est une réalité mouvante dans laquelle ses propres rythmes, ses fonctionnalités et l’usage particulier dont elle fait l’objet organisent la dynamique urbaine. Elle véhicule souvent des représentations de crainte, d’insécurité et n’a pas d’équivalent pour mettre à nu les processus de fragmentation urbaine sous l’effet de l’érosion d’une société salariale qui laisse derrière elle son cortège d’exclus et de précaires. En d’autres termes, Elle exhibe crûment les phénomènes de relégation, de déclassement ou de désaffiliation (Rouleau Berger, 2005).

À l’image d’autres villes d’Amérique Latine, São Paulo connait des profondes transformations du monde du travail. La désindustrialisation, Le règne du libre-échange et de la dérèglementation ont fait le lit des pratiques et des activités informelles qui agencent un pan entier de l’économie autour d’échanges, de transactions et d’emplois échappant au contrôle et à la régulation. En première ligne de ces activités, le commerce ambulant se déploie dans l’espace public, sur les places, sur les marchés ou encore aux abords des gares. Avec ses gains incertains, cette activité illustre cette généralisation de la flexibilisation et l’accroissement de la précarisation. Peu institutionnalisée et aux frontières poreuses entre légal et illégal, entre formel et informel » (Tells 2007), la vente de rue constitue souvent l’unique ressource pour des migrants ou des autochtones exclus d’un marché du travail de plus en plus spécialisé. C’est cette activité entendue comme un moteur de production de la ville et un processus qui induit des recompositions de l’espace urbain que nous proposons d’étudier dans ce post-doctorat.

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